Emblème carré d’Anya Drakovna : un chat tigré stylisé posé sur une horloge brisée, entouré de filigranes dorés, sur fond sombre avec signature dorée.

Anya Drakovna

La satiriste aux griffes existentielles

Anya Drakovna est née un 17 décembre, dans un ancien sanatorium de montagne, là où l’Italie flirte encore avec la Slovénie, entre brume, pentes abruptes et villages trop calmes pour avoir un avenir. Elle n’a jamais vraiment su si c’était la Slovénie ou l’Italie, ni même si c’était légal d’habiter là. Sa mère, infirmière redevenue femme de ménage par fatigue du monde, s’occupait d’un bâtiment délabré qui accueillait ce qu’on appelait pudiquement “des retraités atypiques” : anciens profs, poètes jamais publiés, quelques femmes seules trop discrètes pour être suspectes, et un vieil homme muet qu’on disait ancien espion – parce qu’on ne savait pas quoi dire d’autre.

Elle a grandi entre les couloirs carrelés et la bibliothèque abandonnée, sans école, sans camarades, sans dieu ni télé. À six ans, elle savait lire les dialogues de Tchekhov et écouter les mouches crever l’hiver. À dix, elle écrivait des dialogues qu’elle ne disait jamais. À douze, elle a décidé de se taire. Non pas par révolte, mais par hygiène mentale : les adultes autour d’elle parlaient trop mal pour mériter d’être écoutés. Elle ne parlait qu’aux chats. Et aux arbres, parfois, mais ils répondaient moins vite.

Le sanatorium a fermé brutalement quand une société de tourisme a racheté la montagne. Finies les journées passées à observer les pensionnaires oublier leur passé. Finies les nuits à lire en cachette sous les néons bleus des couloirs vides. Elle s’est retrouvée en ville, dans un deux-pièces moisi, avec sa mère qui fumait des clopes en lisant des romans d’occasion à haute voix comme pour ne pas mourir.

C’est là qu’elle a vu ce monde dont elle avait été protégée jusque-là : la société des gens pressés, des voisins bruyants, des slogans joyeux collés sur des vies qui coulaient à pic. Une nuit, alors qu’un voisin hurlait sur son enfant à travers une cloison fine comme du papier toilette, elle est tombée sur une vidéo de développement personnel, pleine de sourires forcés et de conseils creux. Et elle a éclaté de rire. Un vrai rire. Pas celui qui soulage. Celui qui décide.

« Observer l’humanité en silence, c’est une chose. Miauler des vérités qui piquent, c’en est une autre. »

Depuis ce jour, elle écrit comme on observe une comédie sans fin. Pas pour juger. Pas pour consoler. Mais pour témoigner. Ce monde, dit-elle, ressemble à une pièce de théâtre écrite par un enfant très fatigué. Alors elle prête sa voix à ceux qui n’en ont pas, ou qu’on ne veut pas entendre : les bêtes, les ombres, les silences. Elle leur prête ses griffes aussi, parfois.

Un vieux pensionnaire lui avait offert un carnet en partant, bien avant tout ça. À l’intérieur, une seule phrase : “L’humour est la politesse du désespoir. Toi, sois impolie.” Elle a obéi, mais à sa manière. Avec élégance. Avec cruauté juste ce qu’il faut. Avec amour aussi, mais de celui qui regarde sans pardonner.

Anya Drakovna écrit là où ça ronronne faux. Elle prête sa voix aux créatures que personne n’écoute, mais qui comprennent tout : les chats philosophes, les corbeaux sarcastiques, les bêtes oubliées avec un regard de juge et un humour qui écorche.

Elle n’écrit pas pour rassurer. Elle écrit pour piquer, avec la tendresse acide d’un chat qui sait déjà tout.

Son regard sur le monde

« Le monde court à sa perte. Mais il le fait avec une application remarquable. »

Chez Anya, la satire n’est pas un jeu de mots : c’est une arme de démolition douce. Elle pointe ce qu’on prétend ne pas voir, mais qu’on subit tous : la tyrannie du bonheur, l’arnaque du développement personnel, les illusions collectives qui tiennent lieu de sens.

Elle ne caresse pas le lecteur. Elle le pique, doucement, jusqu’à ce qu’il se réveille – ou qu’il griffe en retour. Et ça lui va très bien.

Citations d’Anya Drakovna

« L’humain veut être libre, mais seulement s’il peut choisir sa cage. »

« Le silence des bêtes est plus profond que tous les discours des hommes. »

« Ce qu’on appelle ‘raison’ est souvent un joli nom pour l’évitement. »

« Le bonheur n’est pas un objectif. C’est un produit dérivé – souvent périmé. »

« Un chat qui juge dort. Mais il n’oublie rien. »

Bibliographie

Chroniques d’un Chat Philosophe – Griffures existentielles sur la condition humaine
Et si le plus grand penseur contemporain était… un chat ?
Une série de textes courts, mordants, drôles et désabusés sur ce que l’humanité a de plus dérisoire – et de plus pathétique.

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