Imani M’Baye
Celle qui fait parler les cendres
« Ils ont gagné les guerres. Mais nous avons gardé la mémoire. »
Imani M’Baye est née à Marseille, un 30 août, dans une chaleur sèche et collante qui ressemblait déjà à un rappel. Son père, cheminot, ne parlait jamais de l’Afrique autrement que comme “là-bas”. Sa mère, aide-soignante, récitait l’histoire familiale à mi-voix, entre deux tâches ménagères, comme si elle cherchait à protéger les mots d’un monde qui n’y croyait plus. Imani a grandi dans un appartement HLM où les murs étaient minces, mais la mémoire, elle, pesait lourd.
C’est son oncle – un homme brisé, enfermé dans ses silences – qui lui a parlé pour la première fois de Thiaroye, de Lumumba, de Biko. Pas avec des livres. Avec des regards. Des tremblements. Des phrases commencées qu’il n’a jamais finies.
C’est là qu’elle a compris : on ne lui enseignera jamais ce qu’elle a besoin de savoir. Il faudra fouiller. Gratter sous les versions officielles. Remonter les veines invisibles d’un passé volontairement amputé.
À l’école, Imani ne posait pas de problème. Elle en était un. Elle lisait trop, posait les mauvaises questions, contestait les dates, les héros, les mythes. On l’a traitée d’excessive, d’obsédée, de “revancharde”.
Mais elle ne voulait pas se venger. Elle voulait comprendre comment on avait pu oublier autant, aussi bien.
Aujourd’hui, Imani écrit comme d’autres crient, mais sans bruit inutile. Elle fouille les dossiers, les angles morts, les archives qu’on n’ouvre qu’à contre-cœur. Elle redonne la parole à celles et ceux qu’on a trop bien effacés, non pour les glorifier, mais pour rétablir la fracture.
Elle ne cherche pas de reconnaissance. Elle veut que ça laisse des traces. Que ceux qui lisent n’en ressortent pas indemnes. Pas parce qu’elle écrit avec colère. Mais parce qu’elle écrit depuis un endroit où la paix serait une trahison.
Elle ne reconstruit pas le passé. Elle le recharge.
Son regard sur le monde
« Ce qu’on appelle l’Histoire, c’est souvent le récit nettoyé des dominants. »
Imani n’écrit pas pour les manuels. Elle écrit pour ceux qui ne trouvent pas leur nom dans les archives. Elle n’a pas besoin de fiction : la vérité brute est déjà insoutenable.
Colonialisme, néo-impérialisme, récupération idéologique : elle expose les mécanismes de l’effacement avec une précision chirurgicale.
Elle ne cherche pas à choquer. Elle cherche à remettre le feu là où il reste des braises.
Citations d’Imani M’Baye
« Ce qu’on a brûlé avec leurs corps, c’est ce qu’ils savaient. »
« Le problème, ce n’est pas l’oubli. C’est ce qu’on a appris à la place. »
« L’indépendance n’est pas un drapeau. C’est une fracture. »
« Ils nous appellent haineux quand on raconte ce qu’ils ont fait. »
« On n’est pas revenus pour pleurer. On est revenus pour témoigner. »
Livres à paraître d’Imani M’Baye
Les Révoltes que l’Histoire a brûlées
Ce livre remonte les pistes calcinées des soulèvements africains et diasporiques volontairement oubliés : Haïti, Congo, Kenya, Alabama. Un récit âpre et documenté, qui refuse les relectures aseptisées.
Les Traîtres noirs de l’ordre blanc
Une charge contre ceux qui ont collaboré avec l’oppresseur. Leaders, intellectuels, ministres ou chefs d’entreprise – tous ceux qui ont monnayé la dignité pour un siège à la table.
Silence sur les Rizières Rouges
Guérillas paysannes, insurrections rurales, femmes en lutte contre la confiscation des terres post-coloniales : un récit explosif sur un continent qu’on veut moderne à coups de bulldozers.
La Mémoire ne s’exporte pas
Musées, hommages tièdes, tourisme de la douleur : comment l’Occident recycle la mémoire coloniale en produit culturel. Un livre qui dérange et qui refuse les commémorations sans réparation.
Nous ne voulons pas être inclus
Un manifeste sans compromis contre la politique de l’inclusion dans un système structurellement excluant. Pour celles et ceux qui ne veulent pas être intégrés, mais entendus.
