Mira Jirrkalka
Celle qui parle quand la terre se tait
« Ce que vous appelez vide, c’est l’espace du vivant. »
Mira Jirrkalka n’est pas née. Elle a été racontée.
Par une grand-mère aux pieds nus qui dessinait les ancêtres dans le sable rouge, pendant que les adultes se taisaient autour du feu. Son nom n’est pas un prénom : c’est une trace. Il évoque un oiseau sacré, un cycle de pluie, une mémoire transmise sans papier.
Elle a grandi loin des villes, dans une communauté aborigène du Territoire du Nord, où les esprits marchent encore sur la terre, et où le silence n’est pas un vide, mais une présence. Avant de savoir écrire, Mira savait écouter. Pas les voix fortes – celles qu’on n’entend que si on apprend à ralentir : le souffle d’un arbre, le cri d’un lézard, les tremblements du sol quand quelqu’un s’approche.
À l’adolescence, on lui a collé un uniforme et une langue étrangère. Elle a appris à dire “thank you” à des profs qui ne savaient pas prononcer son nom. On a voulu lui offrir “une vraie vie”. Elle a failli y croire. Un temps. Jusqu’à ce que la fracture devienne trop nette : ce que l’école appelait “progrès” effaçait tout ce qu’elle portait.
Elle est partie. Pas pour fuir. Pour retrouver ce qui n’avait jamais été perdu – juste recouvert.
Pendant dix ans, elle a travaillé comme interprète culturelle, entre les autorités australiennes et les communautés autochtones. À force de traduire des discours vides à des gens pleins, elle a compris qu’aucune politique ne réparerait ce qui avait été volé. Elle a arrêté de servir d’interface.
Depuis, elle écrit. Pas pour expliquer. Pour rappeler.
Ce qu’elle nomme n’a pas besoin d’être prouvé. Ce sont des liens, des absences, des chants dérobés, des gestes effacés par la vitesse et la lumière bleue des écrans.
Elle n’a jamais quitté sa terre, même quand elle voyage. Elle la porte en elle, comme un tambour lent.
Mira Jirrkalka ne cherche pas à convaincre. Elle écrit pour que les vivants se reconnaissent.
Son regard sur le monde
« La civilisation ne construit pas. Elle efface. »
Mira ne critique pas les gadgets, elle démonte les croyances qui les soutiennent : vitesse = efficacité, plus = mieux, innovation = solution.
Pour elle, le vrai danger, ce n’est pas la technologie : c’est le récit qu’on se raconte pour ne pas voir ce qu’elle remplace.
Elle oppose aux algorithmes le silence. Aux machines, le vivant. Pas comme opposition. Mais comme rappel.
Citations de Mira Jirrkalka
« Vous avez fait du progrès une religion. Et vous avez vidé tous les temples. »
« Le problème n’est pas la machine. C’est l’humain qui s’y croit supérieur. »
« On ne répare pas le monde avec les outils qui l’ont brisé. »
« Le lien est plus intelligent que vos systèmes. »
« Ce que vous appelez retard, c’est peut-être juste le bon rythme. »
Livres à paraître de Mira Jirrkalka
Connexion faible, conscience forte
Et si débrancher n’était pas une fuite, mais une guérison ? Un livre qui démonte l’idéologie de la connectivité et interroge le prix réel de notre dépendance numérique.
La Machine et le Totem
Deux manières d’habiter le monde : par l’exploitation ou par la relation. Ce texte navigue entre cosmologies indigènes et techno-capitalisme globalisé, sans concession.
Ce que l’écran ne montrera jamais
Une méditation rude et poétique sur les sensations perdues : le toucher, l’attente, l’écho, la lenteur. Un appel à retrouver le sensible dans un monde qui ne propose que du visible.
Terre désactivée – Réflexions sur un monde sans racines
Ce livre explore la rupture entre les humains modernes et les lieux qu’ils habitent sans habiter. Un texte qui gratte là où l’exil n’est plus géographique, mais ontologique.
Tout ce qui pousse en dehors du système
Portraits de résistances discrètes : jardins illégaux, langues interdites, liens non monétisés. Un hommage à tout ce qui persiste sans autorisation.
